Rendement IVRendement IV Peinture vinylique sur toile de lin, 190 x 130 cm, 2019.      Rendement IIIRendement III Peinture vinylique sur toile de lin, 190 x 130 cm, 2019. Rendement VRendement V Peinture vinylique sur toile de lin, 190 x 130 cm, 2019.      Rendement IRendement I Peinture vinylique sur toile de lin, 230 x 160 cm, 2019. Rendement IIRendement II Peinture vinylique sur toile de lin, 230 x 160 cm, 2019.      Rendement IIIRendement III Peinture vinylique sur toile de lin, 230 x 160 cm, 2019. Rendement IVRendement IV Peinture vinylique sur toile de lin, 230 x 160 cm, 2019. Rendement VRendement V Peinture vinylique sur toile de lin, 230 x 160 cm, 2019. Sans titreSans titre Peinture vinylique sur toile de lin, 250 x 180 cm, 2018. Irines serenadeIrines serenade Huile et aérosol sur toile de coton, 250 x 180 cm, 2018. Torrey canyonTorrey canyon Huile et aérosol sur toile de coton, 250 x 180 cm, 2018. Deepwater horizonDeepwater horizon Huile et aérosol sur toile de coton, 250 x 180 cm, 2017.

Hugo CAPRON


Hugo Capron est né en 1989 à Bois-Guillaume, il vit et travaille à Dijon.

Les tableaux d'Hugo Capron répondent à des enjeux spécifiques, qu'ils soient contextuels ou non, chacun d'entre eux s'active à partir d'un protocole à l'instar de "Faux-jumeaux" : découper quatre toiles d'égales dimensions à partir d'un rouleau de dix mètres, les monter sur châssis et vider différemment sur chacune d'elles une bombe aérosol entière, le format correspondant à la surfacer théoriquement couvrable avec ce même spray. Si dans ces œuvres, le geste devient une expérience picturale, tout se joue en dehors du performatif, c'est une peinture matérielle qui se donne à voir, une peinture qui travaille sur son langage sans transcendance.
Chacune de ces toiles semble élaborer une stratégie d'affirmation d'une présence. Subtilement, elles installent le champ pictural comme un territoire de réflexion sur l'espace ou sur l'image. Accordées à des protocoles plus ou moins complexes, parfois tautologiques, parfois drôles, elles s’envisagent comme des lieux de basculement.
Ces peintures sont des événements qui réagissent à leur environnement, Hugo Capron travaillant à la possibilité d’un espace transfiguré par un langage épuré, à la possibilité d'une présence picturale puissante, active et minimale.

Guillaume Mansart

Qu’il soit impossible ou excessivement ardu de produire une abstraction entièrement débarrassée de l’image (une abstraction intégralement aniconique) est avéré.
Si l’on en revient à l’empirisme méthodique, il importe d’évoquer les cinq tableaux de la série Rendement de 2018 conçue par Capron pour son exposition au centre d’art de Troyes. Le principe en est le suivant : à chaque fois, il s’agit d’appliquer sur la toile de lin la même quantité d’une peinture fluorescente située entre l’orange et le rouge. Cette quantité n’est pas anodine, puisqu’elle dépend du pouvoir couvrant indiqué par le fabricant sur les pots de cette peinture industrielle (joliment appelée « rouge feu fluo »). Capron prend donc comme prétexte méthodologique de cette série une donnée ready-made, qu’il détourne à des fins compositionnelles. L’exécution de chaque Rendement débute par le tracé d’un cadre reproduisant les limites extérieures du tableau, ce qui est pour l’artiste une manière de « ré-affirmer la surface à peindre ». Puis il répartit à l’intérieur de cette zone des touches le plus fréquemment horizontales, sur lesquelles il lui arrive de repasser, tout en laissant des espaces en réserve. La toile n’étant pas enduite, elle absorbe bien plus de peinture qu’un support préparé, de sorte qu’un tiers ou plus du quadrangle n’est pas peint. Le résultat a ceci de remarquable que, dans son unité de principe, la série présente une grande diversité formelle. De surcroît, les Rendements de Capron, quoique non-mimétiques, font image. Le bas des toiles étant vide, les coups de pinceau vibrant sur le haut font penser à des reflets, des miroitements aquatiques. C’est sans doute la raison pour laquelle certains Nymphéas viennent à l’esprit des spectateurs – étant entendu que Capron dialogue autant avec Claude Monet qu’avec Joan Mitchell, Nicolas Chardon ou Joe Bradley.

Pierre Tillet

S'attaquer à la peinture au XXIème siècle revient sans doute à revendiquer la spécificité et la nécessité d'un langage d'une autre nature. Probablement y a t-il dans l'acte de peindre le désir de travailler à l'endroit d'une résistance pour penser une forme élaborée de regard s'opposant à la consommation quotidienne et infinie des signes. Sans adopter un point de vue historiciste qui déterminerait ce que l'on voit aujourd'hui comme l'exact aboutissement de tout ce qui a précédé, force est de constater qu'accepter de nos jours de se confronter à une toile c'est s'engager dans une pratique artistique non-neutre, sans doute marquée plus que n'importe quelle autre pratique par l'histoire. Depuis le début du XXème siècle, la peinture s'est émancipée de la seule représentation, elle a élargi son territoire et a fait de ses éléments constitutifs (la composition, la couleur, le rythme, mais aussi le châssis, le format, la matière, la toile...) le lexique d'une nouvelle grammaire plastique. Dans les années 1960, cette autodétermination du médium pictural a posé les bases du débat moderniste sur l'autonomie de l'art. Et la célèbre tautologie de Frank Stella « ce que vous voyez est ce que vous voyez » atteste de cette aspiration à l'opticalité pure : la peinture pour la peinture. Dégagée de la question de l'image du monde, elle a spécifié ses lois esthétiques et s'est ouverte les portes du conceptuel.

D'un côté, il y a donc, inévitablement, le préalable de l'histoire, un enchevêtrement d'expériences picturales qui constituent un socle. Et de l'autre, les artistes, qui, à l'instant de créer, tentent de mettre en cohérence leur époque et leur langage plastique. Né à la toute fin des années 1980, Hugo Capron s'attache à produire des œuvres qui lui « ressemblent », comprendre : des œuvres qui sont profondément indexés sur le monde qu'il pratique. Sa peinture, si elle s'appuie sur une connaissance précise de celles qui l'ont précédée, et si elle revendique l'autonomie de son langage, n'en reste pas moins le fruit d'une expérience personnelle et quotidienne de son environnement. Elle puise autant dans l'histoire que dans l'urbain et sur la capacité de l'artiste à capter la texture, la qualité, la « couleur » de ce qui l'entoure. Elle affirme un goût pour le conceptuel, pour l’in-situ, en même temps qu’un penchant pour le Wabi-sabi...

Guillaume Mansart

Hugo Capron, c'est rendu à plusieurs reprises au Japon, il a été résident de la Villa Kujoyama à Kyoto en 2019, et continue d'affirmer ses liens avec cette culture.
Notion théorique issue du zen, le wabi-sabi évoque la beauté des choses imparfaites, impermanentes et incomplètes. C’est la beauté des choses modestes, humbles et atypiques.

Vivre une vie simple, accepter l'imperfection de soi-même et du monde, mais aussi aimer tout ce qui nous entoure.

Hugo Capron
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