Tes yeuxTes yeux Huile sur toile / intervention sur un tableau des années 50, cadre d´origine, 79 x 98 cm, 2017.

Florence OBRECHT


Florence Obrecht, née le 24 février 1976 à Metz, est une artiste peintre et plasticienne contemporaine. Elle vit et travaille à Berlin.

Le monde que je tisse depuis plus de 20 ans se nourrit autant de peinture dite «classique» et que des arts populaires (arts modestes, folk, art brut).
Je suis intéressée par la frontière entre l'art et l'artisanat, par la rencontre entre mon histoire personnelle et l'Histoire de l'Art.
Ces deux pratiques d'apparences diverses ont pour thème principal le portrait, qu'il s'agisse de portraits de facture réaliste ou de portraits-objets mélangeant plusieurs matériaux : aluminium martelé, rubans ou fleurs artificielles...
Je m'intéresse de plus en plus à la mémoire, comme par exemple aux vases afro-américains «memory ware» qui ont inspiré Mike Kelley ou encore aux collections de fleurs séchées de l'écrivain-voyageur Pierre Loti... Je collectionne des photographies anciennes, des morceaux de tissus, perles et coquillages qui vont trouver à un moment où à un autre leur place dans mon travail.
C'est le dialogue entre un amour pour la peinture et un intérêt pour l'art folk qui est le moteur de mon travail.
Lorsque le projet d'une exposition se dessine, je me mets à réaliser des pièces. Celles-ci prennent forme et donnent naissance à une histoire, celle de l'exposition. Certaines séries se complètent, d'autres séries commencent tandis que des tableaux orphelins s'ajoutent. Ceux qui restent trouveront peut-être une place dans un nouveau projet, seront abordés sous un nouvel angle. Les sujets évoluent, même si des obsessions persistent, et le champ s'agrandit, permettant à de nouvelles œuvres de trouver une place dans ma constellation.

Florence Obrecht

Ce n’est pas sans ingénuité que Florence Obrecht construit son univers. Elle donne en effet existence à des rêveries et à des fantasmes d’adolescentes sans chercher à cela de justification intellectuelle — ou tout au moins, sans laisser percer dans ses œuvres le fait qu’il puisse y en avoir.
Or c’est justement cette innocence, feinte ou réelle (et sa force, c’est qu’on ne parvient pas à savoir ce qu’il en est vraiment), qui donne leur charme étrange aux œuvres.

Anne Malherbe

Florence travaille définitivement dans l‘idée de réaliser une exposition, c‘est à dire un ensemble qui devient une œuvre à part entière. Les dessins, collages, peintures sur toile ou sur bois cohabitent avec des objets mêlant couture et fines structures de métal. Un bref regard sur ces objets nous renvoient à une religion primitive allant de l‘ex-voto au dream catcher. Ce syncrétisme formel et culturel explose de mille façons.

Au moment où l‘idée de l‘exposition apparaît, il y a un changement de gravité. Tous les objets sont comme attirés par une force électromagnétique et se mettent en place dans une grande sculpture qui devient la finalité de l‘artiste.
Si l’univers de Florence peut paraître parfois sévère, sombre ou inquiet, si les personnages sont parfois ridicules, il n‘y a je crois chez Florence aucune forme de cynisme, tout au plus un regard sur l‘humain qui ressemblerait à ça : une mère voyant son enfant injustement moqués par ses camarades.

Axel Pahlavi

Il y a le folklore qu’on imagine, et celui que l’on vit ; il y a celui que l’on visite, et celui que l’on habite ; il y a celui que l’on peint, et celui que l’on épouse. Tous ces Folklores, Florence Obrecht les capture dans le réel, les transformant en une myriade mirifique d’imaginaires.

Sa peinture est un éloge de la singularité – pas de la différence monstrueuse, ni de l’individualisme banal, mais une manifestation de ce qui est nous tout en étant autre. Elle crée ainsi une communion d’étonnements, de particules parsemées, d’indicibles décalages, d’émerveillements légers ; elle rend pluriel les singuliers. À l’instar d’un patchwork, l’harmonie naît de ce qui se distingue : côte à côte, reliées par leur unicité, les œuvres constituent une famille élargie au cœur de laquelle l’artiste introduit de nouveaux membres

Florence Obrecht opère la fusion des mystères et de la vie, et défie la solitude du peintre.
Avec l’évidence pure et la beauté profonde d’un poème d’Emily Dickinson (Cœur ouvert), ses tableaux remémorent élégamment qu’elle pratique un art de la marge, du débordement.

Ces influences revendiquées sonnent la promesse d’un voyage vers un inconnu familier, rassurant et perturbant.

Son œuvre est un carnet de voyages multiples, réels ou inventés, intérieurs ou rencontrés, réduisant les distances spatiales et temporelles. Elle est emplie d’emprunts, de mémoires, de souvenirs, d’allers-retours qui expriment le temps passé et le temps qui passe. Chaque pièce déploie toute une vie en une journée, toute l’humanité en un portrait.

Benjamin Bianciotto

Florence Obrecht
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