Autoportrait avec paire de lunettes pour évaluation des distances en terre froideAutoportrait avec paire de lunettes pour évaluation des distances en terre froide Photographie noir et blanc,Tirage expo support premium / DIASEC, 100 x 100 cm,1 EA, 1986/ 2016.

Nathalie TALEC


Nathalie Talec est née en 1960 à Paris. Elle vit et travaille entre Paris et Beaune.

Nathalie Talec développe depuis les années 1980 une œuvre multiple (photographies, vidéos, installations, peintures, dessins, performances) marqué par des motifs prégnants, aussi éloignés en apparence que reliés profondément par une même logique de mise en danger : le froid, le refuge, l’exploration polaire, l’expérimentation scientifique, mais tout autant la représentation scénique et l’exposition de soi.

La fascination durable de l’artiste pour l’exploration comme pour l’expérimentation scientifique (réelles ou symboliques) peut se lire également comme une volonté de se maintenir, plutôt que dans le champ des réalisations et des certitudes, dans celui de la potentialité. C’est une entreprise singulière de recherche qu’elle poursuit alors elle-même, loin d’un quelconque positivisme ou de la démarche hypothético-déductive qu’elle pastiche pourtant dès ses premières œuvres, avec beaucoup de respect du reste : Conférence sur le froid, 1984, ou séries en laborantine, dontExpériences, de la deuxième moitié des années 1990. Au contraire, sa méthode, plutôt que des déductions, génère des hypothèses, c’est-à-dire l’ouverture de possibles. Dans un entretien avec Claire Le Restif, qui éclaire en profondeur sa pensée, elle décrit (sans récuser l’idée d’un aboutissement nécessaire dans les entreprises d’exploration comme dans son propre travail) la difficulté, lors de son séjour effectif au Groenland en 1987, à être soumise auréel : "Je ne voulais pas partir physiquement en exploration. Ça ne m’intéressait pas. Ce qui me motivait alors […] était de concevoir des projets, d’inventer des systèmesutopiques sans aboutir à leur réalisation. L’œuvre était un projet, sa finalité n’était pas du tout d’être réalisée. […] J’ai donc défini une méthode de travail et l’ai appliquée à une vingtaine de projets qui restaient archivés. […] Ils comportaient des textes, des avertissements, des dessins, jamais de conclusion, seulement despossibles. [Au Groenland] le travail était difficile parce que j’étais dans le réel et que le réel m'a glacée. […] Me rendre sur place a annulé tous les effets possibles de l’imaginaire."

Loin d’être un constat d’échec, cet aveu précise ce qui est le cœur même de son œuvre : la recherche d’un état, d’une position, qui ne soit pas un enfermement (une forme,une identité, une pensée closes) mais au contraire un passage, une voie, sans finalité préétablie. Nathalie Talec fait sienne cette citation de Knud Rasmussen : « Il n’y a qu’un but à notre progression : définir notre position. Nous traversons une terre inconnue et ignorons à tous moments ce que chaque nouveau regard doit nous révéler d’abîmes, mais notre allure reste toujours la même. »

L’autoportrait n’est pas une pratique abstraite. Il reproduit un modèle. L’autoportrait m’ouvre le territoire d’une nouvelle modalité de la subjectivité : celle d’une identité d’emprunt, d’un détour, d’une mise en scène du moi. L’autoportrait est mis en chantier au travers de pratiques aussi diverses que le dessin, la photographie en relief, la sculpture et la vidéo, me permettant ainsi d’explorer et de mettre en œuvre le caractère et la valeur d’expérience de mon travail. [...] Dans certains dessins, l’autoportrait devient une figure générique, un motif simple et sans expression, qui me permet de réintroduire le modèle en lui conservant une grande transparence et une grande faculté d’action sur son propre monde. Le personnage représenté n’a de valeur que dans l’acte qu’il réalise ou le regard qu’il porte à l’acte réalisé.

« Je pense qu’il y a une grande proximité entre la figure de l’explorateur polaire et le personnage de l’artiste. L’un comme l’autre aborde des territoires inconnus, lance des défis au réel, selon des postures de découverte, de tentative de survie et d’exploration de l’inconnu. L’un comme l’autre souhaite trouver une issue, une forme, par un geste, un déplacement, un objet, un compte-rendu. Tout cela semble réunir ces deux personnages que j’ai endossés dès le début de mon activité artistique. Cela n’a rien à voir avec le corps et sa résistance, plutôt avec ce qui constitue l’homme dans son environnement, dans ses sensations, ses déplacements, sa pensée [...].»

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