Black circle on white background with mayonnaiseBlack circle on white background with mayonnaise Huile sur toile, 100 x 100 cm, 2014.

Till RABUS

Till Rabus est né en 1975 à Neuchâtel (Suisse), où il vit et travaille.

Du Baroque à l’hyperréalisme, en passant par le surréalisme, tel est l’univers de Till Rabus, peintre contemporain émérite qui s’inspire de l'histoire de la peinture, avec ses natures mortes, ses paysages et ses nus. Sa maitrise technique lui permet de jouer avec les codes de la peinture à l'huile du 17°siècle, pour créer des sujets fantasmés à partir d’installation d'objets du quotidien, avec le soucis constant de poser un regard distancié et second degré sur ses sujets, pour mieux contrebalancer avec ironie et humour la mélancolie qui pourrait surgir de ses sujets à l'ambiance post apocalyptique.

"On ne peut pas à proprement parler de surréalisme à propos de ma démarche parce que je me contente d’assembler de manière différente des objets bien réels. Je ne m’échappe pas dans des mondes parallèles, dans l’onirisme. Moi, je reste très brut, c’est simplement la manière dont les objets sont placés qui donne cette dimension surréaliste"
Les objets du quotidien tels que meubles, vêtements, vaisselle ou divers déchets constituent la matière première de son travail de peintre. Il les met en scène, les détournant de leur fonction première et les photographie sous tous les angles, jusqu’à trouver un cadrage intéressant à reproduire en peinture. Ensuite, l’artiste trace un dessin au crayon sur une toile de lin, surlaquelle est ensuite appliquée une première couche d’acrylique. Celle-ci sert de support à la peinture à l’huile et rend les couleurs plus intenses. Lors de la réalisation de ses toiles, Till Rabus avoue porter une attention particulière aux détails de la matière, des couleurs et de la lumière. Ce mélange entre technique classique et sujets ordinaires et contemporains crée une tension, une ambivalence dans ses œuvres qui interpellent souvent le spectateur.

La puissance scénographique des œuvres possèdent une rare force. Le spectateur pénètre un monde étrange qui devient le moteur à un travail de mémorisation des objets mis au service d’un imaginaire hors de ses gonds. Plus l’image se rapproche figurativement du réel, plus elle joue sur l'offrande, plus elle convoque à la contemplation. Grâce à une maîtrise parfaite, les formes exubérantes que l’artiste met en scène trompent d’abord l’œil du spectateur avant de l’amener à s’interroger sur le sujet peint.Comme l’enfant qu’il fut et qui s’enfouissait dans l’humus et les feuilles aspirant de tout son cœur le bonheur d’une mort végétale, Till Rabus renonce dans ses œuvres à tout pouvoir si ce n’est celui de décliner l’espace et le temps chargés des alluvions d’histoire, de mythes, de souvenirs des songes.
Par sa vocation à la beauté l’œuvre ne semble obéir qu’à elle-même. Dans cette matière « plastique » comme le sont les eaux, les plantes et l’esprit des temps païens Till Rabus semble assister aux formes qu’il crée comme s’il n’intervenait pas dans leur processus de croissance. N’est-ce pas pour cela que de l’œuvre émane une paix étrange ? Une paix d’absence et de présence, d’action et de vacance.

Détritus, encombrants, restes de junk-food, déchets de notre société qu’il met en scène en reprenant des codes esthétiques de l’histoire de la peinture, de l'hyperréalisme et du Baroque. Till Rabus s’approprie à son tour les grandes lignes de ces mouvements et produit une œuvre autonome qu’il met au service d’un regard critique sur l’activité humaine et ses dérives.
Une culture du gaspillage à propos de laquelle la fabuleuse peinture de Till Rabus nous invite à nous interroger.

"La forme est déjà dans le fond et le fond dans la forme"

Till rabus