<em>St Etienne</em>St Etienne Huile sur toile, 195 x 130 cm, 2004. <em>Le martyre de St Matthieu</em>Le martyre de St Matthieu Huile sur toile, 130 x 97 cm, 2005.

Kosta KULUNDZIC


Peintre Franco-Serbe, Kosta Kulundzic est né en 1972 à Paris. Il vit et travaille à Hawaï.


Saint Etienne ou le goût de la douleur

Petit, j’aimais me glisser sans faire de bruit derrière mon frère, qui gentiment installé dans le canapé regardait la télévision.
Ensuite, je me redressais très doucement et le gratifiais d’une énorme taloche sur le haut du crâne. Là, il fallait fuir, courir vite pour se réfugier en terre sainte : les toilettes et son verrou
protecteur.
Peut-être, derrière cette porte, voire même devant, quand mon frère, par souci d’équité, me rappelait que je n’avais pas le monopole de la claque qui surprend, ai-je développé ce goût pour la douleur « con ».

Ce même goût qui bien plus tard me réapparut face à une statue de Saint Etienne.
Ce saint homme lapidé, représenté avec un caillou sur la tête, me fit entrer instantanément dans un monde merveilleux, rempli de souffrances improbables, de blessures idiotes et peuplé de personnages béats qui semblaient dire : « Même pas mal, mais putain, ça saigne bien. »

Alors pourquoi ne pas en torturer quelques uns ?
Pourquoi moi, je n’encastrerais pas un bon parpaing dans la tête d’un gars, histoire de lui rappeler que croire en Dieu, ça a toujours un prix.

Depuis quelques années, Kosta Kulundzic jeune artiste Franco-Serbe concentre son travail sur la présence de la croyance et du mysticisme dans notre société, avec pour désir de mettre à plat les liens et les imbrications entre la modernité et la foi.
Petit-fils d’un pope orthodoxe et venant d’un pays déchiré par les guerres religieuses, Kosta a été bercé par le dogme chrétien et le poids du martyr. Spectateur impuissant de cette vieille relation entre le sang et les religions, il s’est toujours posé cette question : laquelle de ces deux choses entre la croyance et le sacrifice sert le plus l’autre ? La religion à t’elle besoin de renouveler les suppliciés pour renforcer la dévotion. Sanglants, sarcastiques et inquiétants, les tableaux de Kosta, bien qu’étant des transpositions actuelles de la bible et des évangiles, nous semblent tout droit sorties d’un film de Tarantino .
Scènes d’horreur cocasses et combattants de la foi surarmés soulignent ainsi les traits d’une société dont les travers se renforcent avec les siècles, où le temps passe et rien ne change.

Le martyre de St Matthieu

L’envie de représenter l’assassinat de St Matthieu m’est venue après avoir vu la version du Caravage.
Dans son tableau, il nous montre Matthieu suppliant son bourreau de l’épargner tendis qu’un ange lui tend les « palmes du martyre ».
Matthieu paraît plus intéressé par l’imminence de sa fin, que par les honneurs pré-posthumes d’un représentant de dieu. L’ange semble de trop, et ces lauriers soudains ne rassurent pas le futur mort.
De cet étrange rapport à trois, m’est venu l’idée de redéfinir le rôle de dieu dans ce crime. L’ange n’est plus comme pour Caravage un témoin retardataire et passif, mais il devient l’acteur volontaire du supplice. Il montre à l’assassin l’endroit ou frapper, tout en rassurant la victime sur son admission immédiate dans la grande confrérie des martyres.