<em>Rest in Peace#2 / Chair 2</em>Rest in Peace#2 / Chair 2 Fonte d'aluminium

Robert STADLER

Rest in Peace#2 / Chair 2

"R.I.P.", c'est "Rest in Peace" ("repose en paix"), mais aussi "rest in piece" -- repose en morceau(x). La chaise est fabriquée en fonte d'aluminium, d'après le moulage d'une chaise en plastique qui a été découpée. Si, de façon symbolique, la conception d'une chaise constitue pour un designer "le visa d'entrée officiel dans la profession", celle-ci constitue de toute évidence une entrée singulière : plutôt que de faire acte d'originalité en créant quelque chose de toutes pièces, Robert Stadler a choisi une chaise standard -- LE standard, la chaise de jardin en plastique, celle que l'on retrouve sur la moitié des terrasses du monde -- et plutôt que de lui ajouter quelque chose, il en a au contraire retranché un certain nombre de parties. Au lieu d'ajouter une chaise aux "1000 Chairs" dûment cataloguées par un éditeur allemand, Stadler en a retranché une, ou les parties d'une. "Une chaise de moins" pourrait être le titre de ce manifeste en creux, qui peut évoquer une démonstration par l'absurde du mot d'ordre fonctionnaliste : "Less Is More". Jusqu'où peut-on aller dans le moins, dans le retranchement ? Par son aspect rongé, la chaise évoque aussi le devenir des objets de consommation courante, condamnés à la disparition à plus ou moins long terme. Et suggère une réinterprétation radicale du statement de Mies van der Rohe, à la lumière de ce qu'est devenu le design à l'ère de l'obsolescence planifiée : pas besoin de nouveaux objets, moins d'objets feraient aussi bien l'affaire.

Vincent PECOIL